La Citroën 2CV : de la « Toute Petite Voiture » de 1948 à la révolution électrique de 2028
De la France rurale de l’après-guerre aux zones à faibles émissions de demain, l’incroyable destin d’une icône populaire.
Il y a des voitures que l’on possède, et il y a des voitures que l’on aime. La Citroën 2CV appartient à cette seconde catégorie, rare et précieuse. Surnommée affectueusement « la Deuche », « le parapluie sur roues » ou encore « l’increvable », elle n’a jamais été la plus rapide, ni la plus luxueuse, ni la plus puissante. Et pourtant, près de soixante-dix ans après son lancement, elle reste l’une des voitures les plus aimées et les plus reconnaissables au monde. En 2026, Citroën a annoncé un événement que personne n’attendait plus : le retour de la 2CV, cette fois en version 100% électrique. Avant de se tourner vers cet avenir, plongeons dans le passé pour comprendre pourquoi cette silhouette toute ronde a marqué à ce point l’histoire automobile française.
1936 : le cahier des charges le plus célèbre de l’automobile
Tout commence en 1936, lorsque Pierre-Jules Boulanger, alors vice-président de Citroën, observe le monde rural français lors d’une tournée en campagne. Il constate que les agriculteurs se déplacent encore en carriole, faute d’une automobile adaptée à leurs besoins et à leur budget. Il confie alors à ses ingénieurs un cahier des charges resté légendaire dans l’histoire industrielle : concevoir une « Toute Petite Voiture » (TPV) capable de transporter deux personnes et 50 kilos de pommes de terre, à une vitesse maximale de 60 km/h, avec une consommation de 3 litres aux 100 kilomètres, et surtout, capable de traverser un champ labouré sans casser un seul œuf posé sur la banquette.
Cette exigence presque absurde à l’époque allait pourtant façonner l’ADN de la 2CV : légèreté, simplicité mécanique, suspension extrêmement souple, et un prix accessible au plus grand nombre. La guerre retarde le projet de plusieurs années, mais l’esprit de la TPV survit et infuse chaque décision technique qui suivra.
1948 : la naissance officielle au Salon de Paris
C’est au Salon de l’Automobile de Paris, en octobre 1948, que la 2CV est officiellement dévoilée au public. L’accueil de la presse est glacial : on se moque de ses ailes ondulées, de son toit en toile qui s’ouvre comme un parapluie, de son moteur poussif de 375 cm³ développant à peine 9 chevaux. Mais le public, lui, ne s’y trompe pas. Dès les premiers essais, les commandes affluent, si nombreuses que les délais d’attente pour obtenir sa 2CV atteindront plusieurs années dans les décennies suivantes.
Sous ses airs modestes, la 2CV cache des trouvailles d’ingénieur remarquables : une suspension à batteurs d’inertie qui absorbe les pires chemins de campagne, une direction ultra légère, un toit ouvrant en toile permettant de transporter des charges encombrantes, et une simplicité mécanique telle qu’un paysan pouvait réparer sa voiture avec les outils de sa ferme. Chaque gramme superflu est traqué, chaque pièce pensée pour durer et se réparer facilement.
Les années dorées : la voiture de tout un peuple
Dans les décennies qui suivent, la 2CV devient bien plus qu’une automobile : elle devient un symbole de la France populaire, celle des campagnes, des étudiants, des instituteurs et des curés de village. Sa mécanique increvable et son entretien économique en font la compagne idéale d’une génération entière. De nombreuses déclinaisons voient le jour pour répondre à tous les usages : la Fourgonnette pour les commerçants et artisans, la Sahara 4×4 à deux moteurs pour les terrains les plus difficiles, ou encore la Méhari, sa cousine ludique en plastique conçue pour la plage et les loisirs.
La production s’exporte largement hors de France, avec des usines au Portugal (Mangualde), en Belgique, en Argentine, au Chili ou encore en Yougoslavie. La 2CV traverse les frontières comme elle traverse les champs : sans complexe, et avec le sourire.
« La 2CV, c’est une chaise longue sous un parapluie posée sur quatre roues. » — une formule attribuée à Pierre-Jules Boulanger lui-même, résumant à merveille l’esprit de sa création.
Envie de sentir vous-même le charme de cette mécanique increvable ? Retrouvez notre essai complet d’une 2CV restaurée sur le blog, avec nos impressions au volant et nos conseils d’entretien.
Une icône populaire, du cinéma aux mouvements étudiants
Au fil du temps, la 2CV s’invite dans la culture populaire : elle poursuit James Bond dans Rien que pour vos yeux, elle devient l’emblème des routards et des voyages en auto-stop, et elle accompagne les mouvements associatifs et humanitaires à travers l’Europe et l’Afrique. Sa bouille ronde et son bruit de mobylette caractéristique en font un objet culturel autant qu’un moyen de transport.
1990 : la fin d’une époque, mais pas de la légende
Après plus de 42 ans de carrière et environ 9 millions d’exemplaires produits, toutes versions confondues, la dernière 2CV sort des chaînes de l’usine portugaise de Mangualde le 27 juillet 1990. La production s’arrête, mais l’attachement du public, lui, ne faiblit pas. Rassemblements de passionnés, clubs dédiés, restaurations amateurs : la Deuche continue de rouler sur les routes de campagne, dans les rallyes rétro et sur les réseaux sociaux, où elle rassemble encore aujourd’hui une communauté nombreuse et fidèle.
Pendant plus de trois décennies, Citroën entretient le mythe sans jamais relancer officiellement le nom. Des études de style voient le jour en interne, notamment pour le centenaire de la marque, sans jamais déboucher sur un projet commercial concret. Jusqu’à ce que le marché automobile change profondément de visage.
Le déclic : l’électrique populaire devient une réalité
Le contexte des années 2020 rebat les cartes. Les zones à faibles émissions se multiplient dans les grandes villes européennes, les constructeurs chinois accélèrent sur le segment des petites citadines électriques abordables, et le succès commercial retentissant de la nouvelle Renault 5 électrique démontre qu’il existe un appétit réel pour des voitures électriques à fort capital sympathie et à prix contenu. Ce triomphe agit comme un déclencheur pour Stellantis, la maison mère de Citroën, qui cherche justement à redresser un groupe fragilisé par des pertes financières importantes en 2025 — retrouvez notre suivi complet de l’actualité Stellantis et du plan FaSTLAne 2030 sur le blog.
21 mai 2026 : le retour officiel de la 2CV, en version électrique
C’est à Auburn Hills, aux États-Unis, que Xavier Chardon, directeur général de Citroën, officialise la nouvelle lors de la présentation du plan stratégique « FaSTLAne 2030 » de Stellantis, un programme doté de 60 milliards d’euros sur cinq ans. La 2CV va renaître, entièrement électrique, avec un objectif de prix inférieur à 15 000 euros, ce qui en ferait potentiellement l’une des voitures électriques les plus abordables du marché européen. Pour toutes les informations officielles et sans filtre, consultez le communiqué de presse officiel publié par Citroën et Stellantis.
Ce que l’on sait déjà sur la future 2CV électrique
- Annonce officielle : 21 mai 2026, dans le cadre du plan stratégique FaSTLAne 2030 de Stellantis.
- Positionnement : citadine électrique abordable, pensée pour les nouvelles zones à faibles émissions (ZFE).
- Prix cible : moins de 15 000 euros.
- Lieu de production : usine de Pomigliano d’Arco, en Italie.
- Début de commercialisation : 2028.
- Première présentation publique : Mondial de l’Auto de Paris, du 12 au 18 octobre 2026, Hall 6, Porte de Versailles.
Le constructeur a insisté sur un point important : il ne s’agit pas de reproduire fidèlement le design historique de 1948, mais de s’inspirer de sa philosophie originelle, celle du TPV. Simplicité, légèreté, polyvalence et accessibilité économique restent les maîtres-mots du projet, exactement comme en 1936. Autrement dit, la nouvelle 2CV ne cherche pas à copier une carrosserie, mais à retrouver un esprit : celui d’une voiture pensée pour le plus grand nombre, à une époque où l’électrique doit sortir du segment premium pour devenir réellement populaire.
Ce qui reste encore flou
De nombreuses inconnues subsistent, et Citroën entretient volontairement le mystère jusqu’au Mondial de Paris 2026. L’autonomie précise, la capacité de la batterie, la puissance du moteur électrique et le design définitif du véhicule de série n’ont pas encore été communiqués. Une première image teaser a bien circulé, reprenant la silhouette arrondie caractéristique du modèle historique, mais le constructeur a précisé que la version finale pourrait différer sensiblement de cet aperçu stylistique.
D’autres questions demeurent également ouvertes : la future 2CV proposera-t-elle des déclinaisons utilitaires, comme la fourgonnette qui a fait le succès du modèle original ? Le pari de l’accessibilité tarifaire pourra-t-il tenir la route face aux réalités industrielles et aux coûts des batteries d’ici 2028 ? Autant de réponses attendues avec impatience par les passionnés comme par les futurs clients.
Pourquoi ce retour fait sens en 2026
Le pari de Citroën s’appuie sur un principe simple : la nostalgie comme pont émotionnel vers l’électrification des masses. Plutôt que de vendre l’électrique uniquement par des arguments technologiques ou écologiques, la marque mise sur l’attachement affectif à un nom mythique pour convaincre un public plus large, y compris des automobilistes encore réticents à franchir le pas de l’électrique. C’est une stratégie déjà éprouvée avec succès par Renault sur ses modèles R4 et R5 nouvelle génération, et Citroën entend bien s’inscrire dans la même dynamique, avec sa propre icône.
De la carriole paysanne imaginée par Pierre-Jules Boulanger en 1936 à la citadine électrique annoncée pour 2028, la 2CV incarne une constante rare dans l’histoire automobile : celle d’une voiture pensée pour rester accessible, populaire et profondément attachante, quelle que soit l’époque. Le parapluie sur roues n’a pas fini de nous surprendre, et rendez-vous est déjà pris en octobre 2026, au Mondial de Paris, pour découvrir son nouveau visage.
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